TRAITEMENTS
Le Ritalin: un débat de société
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LE RITALIN: UN DÉBAT DE SOCIÉTÉ? (Extrait du journal " Le Champlain ", journal du Syndicat de l'enseignement de Champlain, vol. 6, no. 15, 28 avril 1999 Source : http://syndchamplain.educ.infinit.net/ ) Elles étaient nombreuses - car en très grande majorité des enseignantes - à assister au forum sur le Ritalin tenu dans le cadre de la journée portes ouvertes "L'école en santé". Il y avait bien six personnes ressources (voir encadré), mais le débat s'est cristallisé autour de deux positions, celle de Daniel Létourneau dont le fils prend régulièrement du Ritalin et celle de David Cohen, opposé à l'utilisation du médicament. Au-delà des deux approches, on devinait deux conceptions de la société et de l'école.
Daniel Létourneau est convaincant. Avocat de profession, son plaidoyer en faveur du Ritalin est bien documenté. En bref, son fils souffre du syndrome du déficit d'attention. Il réussit bien en classe - régulièrement rang premier - mais est incapable de se conformer aux règles de vie. Dès la maternelle, après trois jours de classe, il était interdit dans l'autobus scolaire et était venu à bout de trois gardiennes. " Ah, vous êtes le père de Charles! " Dans son cas, la consommation de Ritalin est extrêmement efficace. En l'absence de médication, son comportement est catastrophique. Les deux seules fois que son fils n'en a pas pris, par omission, il s'est retrouvé au bureau de la directrice. Il n'en prenait pas la fin de semaine, il a été mis au ban des cours de natation et de ski. Il en prend maintenant. Mais M. Létourneau va plus loin. Les consultations pour son fils lui ont permis de comprendre qu'il souffrait du même syndrome. "Malgré des signes extérieurs de réussite, dit-il, je menais une vie misérable. Mes relations inter-personnelles étaient un échec. Mon estime de soi était à zéro. Aujourd'hui, je peux dire que mon fils m'a mis au monde". M. Létourneau termine son plaidoyer par cette formule lapidaire: "Le seul critère, c'est le mieux être de l'enfant" .
Trois fois plus à Montréal que dans toute la France. Alors que M. Létourneau présente le problème par le biais d'un cas particulier, une approche tout à fait nord-américaine, M. Cohen l'aborde par l'autre bout de la lorgnette. "Comment expliquer, dit-il, que dans toute la France, il n'y ait que 3 452 enfants qui prennent du Ritalin, alors qu'il y en a plus de 10 000 sur l'île de Montréal? Que près de 10% des garçons de 3e année à Laval en consomment?" M. Cohen s'est rendu en France pour enquêter sur le sujet. "L'approche est totalement différente, dit-il. On n'appelle pas "hyperactifs" les enfants qui souffrent de ce syndrome. On a recours à plus de ressources professionnelles. Des psychologues, des travailleurs sociaux. On rencontre la famille; on visite le milieu de l'enfant. Ce n'est jamais vu comme un problème de l'enfant, mais plutôt comme un problème de la famille, de l'école, de relations." Le Ritalin, la médicamentation, serait-elle la réponse, individualiste, nord-américaine à un problème que l'Europe approche de façon collective, globale? M. Cohen le pense.
Efficace le Ritalin? Tous les intervenants semblaient s'entendre sur l'efficacité extraordinaire du Ritalin, jusqu'à ce que M. Cohen mette un bémol. "Le Ritalin, rappelle-t-il, est un stimulant du système nerveux central, au même titre que le café ou la cocaïne". Ses effets à long terme peuvent être fort différents de ses effets à court terme, souligne-t-il. À long terme, il peut être cause de manque d'attention, d'isolement. Il mentionne également des recherches qui évoquent la possibilité d'un ralentissement de la croissance, dont celle du cerveau. M. Létourneau réplique en citant le cas de son fils. Sa croissance a été mesurée et elle est normale.
"Venez dans ma classe, M. Cohen!" Mme Jeannette Côté de l'A.Q.E.T.A. et la psychologue Anne Comtois prônent une approche au cas par cas. "Au médecin de décider", déclare Mme Côté. Par contre, Mme Comtois trouve que la prescription arrive parfois rapidement, au détriment du programme de modification des comportements. L'ostéopathe Alain Bouchard trouve lui aussi que "le Ritalin a sa place", mais il attire notre attention sur des recherches sur les tensions au niveau des os du crâne qui pourraient être à l'origine de troubles comme l'hyperactivité. Mme Trachy s'est faite la porte-parole des enseignantes et s'est value des applaudissements de la salle lorsqu'elle a approuvé l'utilisation du Ritalin en lançant à David Cohen: "Je vous mets au défi de venir passer une journée dans ma classe".
Ritalin et Prozac Examiné au cas à cas, le Ritalin semble emporter la faveur populaire. Mais l'ampleur du phénomène dérange. Le psychologue Gilles Vachon, qui a animé avec brio le forum, a cherché à élargir la réflexion dans sa conclusion: "Comment expliquer que nous ayons le plus haut taux de suicide chez adolescents dans la "plusse meilleure société au monde" ?". Chose certaine, le débat sur le Ritalin est loin d'être terminé. On pourrait peut-être y ajouter un autre volet: l'ampleur de l'utilisation du Prozac chez le personnel enseignant!
Pierre Dubuc
Personnes-ressources :
Animateur : Gilles Vachon, psychologue Références :
Je
remercie Daniel qui m'a autorisé à publier ce document
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