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Madame la Directrice,
Je voulais vous parler de mon fils Thadée ; sans rancœur, je ressents le besoin de vider mon cœur de maman.
Aujourd'hui, vous avez refusé qu'il participe à l'excursion de fin d'année comme tout le monde…
Je sais que Thadée est difficilement gérable, c'est pour cela que je me suis proposée de vous accompagner. Vous refusez sous prétexte qu'aucun parent n'a jamais accompagné une excursion… Soit.
Qu'auriez- vous fait si une petite fille en fauteuil avait fait partie de vos classes ?
Qu'auriez - vous fait si un élève mal-voyant ou nécessitant des soins avait voulu y participer ?
Auriez- vous empêché un accompagnement ?
Je ne penses pas.
Seulement Thadée, lui, a une maladie « invisible »
Votre leitmotiv est et reste de ne pas faire de différences. Pourtant Madame, Thadée EST différent , c'est un fait.
Sans le vouloir, sans responsabilité…
Ca me fait penser aux gauchers qu'on obligeait à écrire de la main droite pour ne pas faire de « différences ».
Savez- vous seulement ce qu'il endure depuis ses 4 ans ?
De docteur en docteur, un diagnostique est posé : TDAH.
Que de souffrance dans ce mot. Différent, hors norme, inacceptable…c'est ce qu'il est.
Une tête sur une autre planète, un moteur à réaction en lui, de la colère qu'il ne peut maitriser, une voix criarde, trop d'impulsivité, une écriture non- soignée dûe à une dypraxie…
De grandes difficultés à se faire des amis et néanmoins, une grande imagination, un grand cœur , un enthousiasme débordant pour le découverte et un courage…mais quel COURAGE madame, vous ne savez pas à quel point !
Une journée d'école pour Thadée est deux fois plus fatigante que pour un autre.
Il doit se concentrer, ne pas crier, surveiller son écriture, ne pas trop se faire remarquer et toujours cette angoisse d'en faire trop, d'être puni, rejeté à nouveau…
Pensez- vous qu'il le fasse exprès de vous contrarier ?
Pensez- vous que ça l'amuse d'être différent ?
Mais quel enfant de 8 ans voudrait l'être ???
Depuis ses 4 ans il se fait jeter de partout. On lui dit qu'il est fou, qu'il est bizarre, débile… Qu'il n'est pas soigné, qu'il est dangereux…
On ne l'invite pas chez un copain, pas à un anniversaire, on le prive de classe verte, on le rejette du foot, du basket, d'une école…
Que pensez- vous qu'il ressente ? Vous croyez toujours que ça l'arrange d'être « hyperactif » ??
Nous essayons vraiment de faire tout ce que nous pouvons pour que tout aille pour le mieux.
En plus d'un suivi thérapeutique et de la rilatine, Thadée prend un neuroleptique depuis ses 4 ans. On ne donne pas un médicament de cette sorte à un enfant de gaieté de cœur croyez- moi.
S'il n'était pas malade, croyez- vous qu'un médecin le lui prescrirait ?
Je comprends vos efforts quotidiens avec Thadée, je vous demande aussi de comprendre ma tristesse et ma profonde détresse aujourd'hui. J'ai mal pour mon fils et je ne peux rester silencieuse.
C'est difficile pour tous, mais je croyais encore en des valeurs comme l'égalité des chances, l'intégration des handicapés ; parce que quoi qu'on en dise, cette maladie est un handicap à vivre au quotidien.
Merci de m'avoir lue.
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