Je me souviens.
Un jour j'ai appris que mon petit garçon que j'aimais tant n'était
pas tout à fait comme tous les autres petits garçons, ni
mieux ni moins bien seulement différent.
Cela m'a fait mal, tellement mal de savoir que jamais il ne guérirait,
que sa maladie il faudrait apprendre à vivre avec car thada il
était et thada il resterait toute sa vie, toute ma vie.
D'un autre côté c'était une bonne nouvelle, les cris
et hurlement allaient enfin pouvoir stopper à la maison. Tous ces
comportements inacceptables qu'il pouvait avoir et bien il n'en était
pas responsable et surtout pas coupable. Tout cela n'était qu'une
question de dopamine et de sérotonine.
L'autre bonne nouvelle était qu'un médicament existait qui
allait pouvoir l'aider.
On parlait un peu partout de la ritaline comme d'un médicament
diabolique qui rend les enfants sages, en fait des êtres amorphes,
des espèces de petits robots ou petites poupées qui seraient
la caricature de l'enfant idéal. Quels mensonges !
Mon fils prend de la ritaline et cela l'aide beaucoup. La vie à
la maison ressemble parfois à la vie que j'avais imaginée
et puis d'autres fois on retombe dans l'enfer. Tout n'est jamais gagné
et chaque jour il faut éduquer et éduquer encore et encore
mon fils.
Je n'avais pas imaginé une seconde qu'être maman deviendrait
pour moi un travail, un travail tellement épuisant.
J'ai cessé de travailler à l'extérieur pour élever
mon fils.
Maintenant je travaille à la maison.
Je suis maman à plein temps et si c'est le métier le plus
magnifique que je connaisse c'est pour le moment pour moi aussi un métier
bien ingrat. Ce métier j'aimerais le faire en équipe mais
je n'ai trouvé personne de bénévole pour m'aider.
Dans la famille et les amis on s'enfuit quand je demande un coup de main,
maintenant j'ai renoncé à demander. J'aimerais engager quelqu'un
de l'extérieur mais je n'en ai pas les moyens car hélas
être maman est un métier qui ne rapporte pas d'argent.
Aujourd'hui je pense à toutes ces personnes qui critiquent le fait
que je donne de la ritaline à mon fils en nommant ce médicament
:"la pilule des enfants sages". Vous savez quoi ? Si cette pilule
miracle existait et bien oui sans honte je la donnerais à mon fils
une journée, une seule journée, juste pour voir ce que cela
peut faire d'être la maman d'un "enfant sage".
Ce médicament miracle n'existe pas alors je vais prendre ma baguette
magique de maman et distribuer amour, éducation, soutien, tendresse,
courage, affection et encore tant d'autres choses à mon enfant.
Je ne vais pas baisser les bras ni aujourd'hui ni demain ni jamais. Je
vais continuer à aimer mon fils et à le soutenir quoi qu'il
advienne, aujourd'hui, demain, toujours.
Je vais penser aux autres mamans qui font comme moi et qui comme moi dans
quelques années se retourneront avec plaisir sur leur passé
en se disant : "on a réussi". Mon fils est maintenant
un homme heureux et j'y suis pour quelque chose.