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Dionysia - Adulte souffrant de DA
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Témoignage d'un adulte souffrant de DA.
Bonjour, je suis psychologue et suis âgée de 35 ans. Cela ne fait quune année que jai pu mettre un nom à la longue litanie de symptômes qui a compliqué à souhait ma vie depuis ma tendre enfance. Cet auto-diagnostic vient de mêtre confirmé (nous sommes en décembre 1999) par une collègue expérimentée que je suis allé voir suite à une conférence au cours de laquelle elle a dit quelle dépistait aussi les adultes Il est rare, ma-t-elle dit en début de consultation, quune personne atteinte de ce syndrome termine une formation universitaire, aussi était-elle dubitative, mais les résultats des tests (entretiens semi-structurés ainsi quun test computérisé) étaient si parlants quelle sest rendue à lévidence : je suis atteinte dun Trouble Déficitaire de lAttention / Hyperactivité avec prédominance de déficit attentionnel ! Soit, je peux donner aujourdhui limpression dêtre bien accomplie en regard des objectifs de la société grâce à ma réussite professionnelle. Je pourrais même laisser croire que ce nest somme toute pas si gênant de vivre avec un déficit dattention, et cela surtout à ceux qui me connaissent depuis peu. Pourtant, je reviens de loin. Jai failli être anéantie par une sévère dépression, la première à 11 ans et la suivante qui a bouffé ma vie de 16 à 28 ans. Cette dépression a rendu mes études de gymnasienne excessivement difficiles, dans tous les sens du terme, avant de rendre franchement impossible ma première formation universitaire, en orthophonie. Ce nest quà force de ténacité et en payant le prix fort que jai fini par réussir à la fac. Comme quoi lentêtement, un trait de caractère qui accompagne typiquement le TDA/H, a aussi ses avantages ! Jai pu braver le jugement hâtif de presque tout mon entourage qui affirmait que je navais «quà arrêter mes études» les uns décrétant carrément que je nétais pas à la hauteur de mon ambition et les autres, qui me prêtaient tout de même quelques dispositions, affirmant que je perdais beaucoup dénergie, tout cela uniquement pour pouvoir prouver ce dont je suis capable ! Que ma vocation fût grande, à la hauteur de leffort que jy ai consenti, nul dentre eux na su le prendre en compte. Cest aussi ça, avoir un TDA/H, se voir conseiller de toute part, que lon soit demandeur ou non, et pas toujours dans le sens de ses intérêts ! Difficile de ne pas abriter plein de colère devant tant de «personnes qui nous veulent du bien» et nous jaugent avec des critères si normatifs. Jai refusé de me plier, mais jai dû mettre toute mon énergie dans mes études, au détriment des autres expériences normales de la jeune adulte que jétais. Pour ça, je nai pas lésiné sur les moyens. Je me suis servie de mon impulsivité et de mon intuition, autres caractéristiques parfois bien venues et nen ai fait quà ma tête ! À 25 ans, jai quitté le milieu familial pour entamer mes études de psycho, à Genève, avec un programme bien chargé : les journées consacrées aux cours et à mes 4 séances hebdomadaires de psychanalyse (pour soigner ma dépression et, accessoirement, apprendre mon futur métier, même si jai décidé par la suite de ne pas devenir psychanalyste), les soirées et un week-end sur deux à mon poste de travail (afin de financer mes études pour lesquelles je ne pouvais plus prétendre au moindre subside suite à mon premier échec comme quoi les erreurs de parcours, aussi involontaires soient-elles, se paient parfois cher et très longtemps ). Il me restait la nuit pour réviser mes cours, rédiger les quelques mémoires à remettre (si possible à temps et souvent après avoir dû négocier un délai !). Quant aux vacances et bien elles étaient destinées à préparer les examens ! Au vu de mes difficultés, endosser une telle charge de travail était pure folie, mais ça a fonctionné, peut-être parce que jai eu moins de temps pour ruminer mes craintes ! Jai réussi peu à peu à compenser mes déficits (les adultes TDA/H ont dénormes difficultés à travailler régulièrement, sont peu structurés, ont tendance à repousser au lendemain quand ce nest pas aux calendes grecques leurs tâches quotidiennes qui leur paraissent trop lourdes ). Difficile de reconnaître une maladie chez des adultes qui présentent des symptômes que présente une fois ou lautre Monsieur-Tout-Le-Monde. Seuls les critères de fréquence et dintensité de ces comportements permettent dopérer une distinction entre le normal (tel que cela pourrait être le cas dun adulte qui a tendance à travailler au dernier moment et qui est peu organisé) et le pathologique (un adulte TDA/H, pour qui sorganiser et accomplir les simples tâches de la vie quotidienne dans des délais raisonnables relève, à peu de choses près, de la science-fiction ! Et jen passe ). Pourquoi suis-je si convaincue de lorganicité du TDA/H (en fait des troubles neurobiochimiques) ? Comment expliquerions-nous sinon, à la lueur dun seul facteur psychique, quune substance psycho-active et dautres excitants, à linstar du café puissent apaiser les personnes TDA/H, sur lesquelles, en revanche, les calmants exercent une action sur-stimulatrice ? Comment expliquer, de même, que lingestion daliments qui contiennent certaines substances comme des phosphates ou dautres additifs, parviennent à interférer sur le bon fonctionnement du cerveau de certains hyperactifs et leur fassent perdre tout contrôle deux-mêmes ? Vous pouvez me croire, je nai pas attendu de connaître le bon diagnostic pour tenter de me soigner, et les psychothérapies entreprises mont certes quelque peu aidée à dépasser mes échecs (attribués à un auto-sabotage par peur de la réussite par mes précédents thérapeutes dobédience psychanalytique !!!) parce que jai pu améliorer le peu destime que je me portais. Je ne cherche pas à dénigrer le travail de mes précédents psys, ils nont simplement pas pensé que je puisse souffrir dun déficit dattention. Quant à moi, jignorais que mon étourderie, mes fréquents retards, mes difficultés dorganisation, certes gênants, avaient un lien avec le reste de mes symptômes. Je métonnais juste de réaliser que, bien que de moins en moins dépressive, je conservais les symptômes qui sétaient majorés au plus fort de ma dépression : la difficulté de me lever le matin et daffronter la vie de tous les jours, mon humeur changeante et mes capacités de travail fluctuantes ce qui me faisait déprimer en retour et douter de moi, un véritable cercle vicieux ! Ces difficultés dans ma vie dadulte, je les attribuais à maintes expériences négatives vécues lors de mon enfance, expériences fréquemment provoquées, je men rends compte rétrospectivement, par mon déficit dattention. Mes thérapeutes mont tout de même aidée à traverser bien des tempêtes, à construire patiemment une meilleure image de moi-même et je leur en sais déjà gré ! Grâce à leur aide, plus sûre de moi, je me suis mise à réussir dans ma formation, en fait dans mes deux formations, car ma réussite en psycho ma même donné suffisamment de confiance en moi pour me lancer, parallèlement, dans une deuxième, en sophrologie, un bon choix car cela ma ouvert des horizons nouveaux. Cette réussite a libéré une soif inextinguible dapprendre et le besoin de rattraper le temps perdu en déprime ! Jai appris à me servir de mon potentiel et développé les qualités propres à ceux qui ont un TDA/H : lintuition, la créativité et loriginalité. Jai aussi appris à donner limpression, à lextérieur dans les premiers temps, de bien fonctionner, ce qui était nécessaire pour ma crédibilité, ma permis de me lancer dans un domaine qui me passionne, domaine dans lequel je peux utiliser mon potentiel. Sauf que dans la vie concrète et pratique, en dehors de mon métier, jétais toujours autant dans la lune (ce qui était interprété comme une fuite de la réalité) et désorganisée. Derrière le miroir, dans les moments où jétais seule face à moi-même, je continuais à être saisie des mêmes doutes déchirants : «Suis-je la hauteur ? Comment my prendre pour terminer, dans les délais, mes travaux qui traînent ? Venait ensuite la phrase qui tue : «Les autres y arrivent simplement, pourquoi pas moi ?», cette même phrase qui emplissait ma tête lorsque, gymnasienne, je ne décollais pas de ma page blanche lors de dissertations et que je voyais le stylo de mes camarades gratter allègrement le papier La providence a voulu que japprenne le bon métier pour que ma prédiction denfant «un jour on saura ce que tu as !» devienne réalité Par « hasard » jai été mise en contact, par lintermédiaire dune amie, avec une maman qui soccupait dune association pour parents denfants hyperactifs. Je suis allée la trouver pour quelle mexplique les principes du régime pour les hyperactifs parce que je moccupais de plusieurs enfants qui présentaient ces symptômes. À lépoque, où les professionnels débattaient essentiellement sur les symptômes dhyperactivité / impulsivité et se contentaient de polémiquer au sujet de la ritaline au lieu de sintéresser aux enfants et aux différents moyens que lon peut mettre en uvre pour les aider, je navais pas encore fait le rapprochement entre eux et moi, qui présentais essentiellement des difficultés dattention ! Mais plus jécoutais cette maman qui me racontait les témoignages denfants quelle avait récoltés, plus je ressentais comme une troublante familiarité alors que javais été une fillette autant timorée que les enfants dont on me brossait le portrait étaient téméraires ! Même en sachant cela, plus elle me parlait, plus mon corps entrait en résonance : je parvenais sans peine à deviner le ressenti des enfants, leurs réactions dans telle ou telle situation. De plus, fait encore plus étonnant, je présentais moi-même de nombreux troubles sensoriels et/ou perceptifs ainsi que dautres symptômes couramment décrits dans la littérature comme étant fréquemment associés au TDA/H. Cen était trop ! Il fallait que jen aie le cur net ! Je me suis mise à consulter diverses grilles qui permettent dorienter le diagnostic. Jai eu entre les mains un document qui provenait dun site Internet québécois : jy ai trouvé le listing de 20 comportements typiques des adultes ayant un TDA/H. Un florilège de mes propres difficultés !!! Or il est impossible de devenir hyperactif à lâge adulte, ce syndrome débute toujours dans lenfance. Il fallait donc que japprofondisse mes recherches pour savoir si je lavais été. Jai enfin pris connaissance de la dernière édition du DSM « Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders » publié depuis 1960 par LAmerican Psychiatric Association. Si dans la IIIème édition révisée, qui était en vigueur du temps de mes études, on ne parlait que dhyperactivité avec déficit de lattention, la IVème édition distingue 3 sous-catégories, dont celle dont je suis personnellement atteinte, la forme avec prédominance de déficit attentionnel ! Jai bien quelques traits dhyperactivité (recherche de stimulations, mouvements dagacement des jambes en position assise surtout dans lenfance, une nervosité intérieure parfois importante même si je donne souvent une fausse impression de calme, une surabondance de pensées qui circulent sans que je puisse débrancher, ce qui ne maide pas à trouver le sommeil lorsque je suis pourtant fatiguée et quil est lheure de dormir ),, mais je ne présente pas suffisamment de symptômes pour pouvoir parler dun type combiné. Cest à ce moment de mes recherches que jai ressenti le besoin de consulter ma collègue qui connaît bien le TDA/H et qui a définitivement mis un terme à mes hésitations. Ce diagnostic a été réparateur aussi bien pour mes parents que pour moi-même. Eux ont enfin compris pourquoi ils avaient eu tant de difficultés à mélever - car un enfant TDA/H nest pas de tout repos - et de mon côté jai enfin pu faire la paix avec mon passé : je nétais pas responsable de mes troubles ce que mes parents ont enfin compris et ce nest par manque de volonté que javais connu tant déchecs. Ce nest quune fois le bon diagnostic posé que jai pu mettre en uvre tous les moyens possibles pour apprendre ce qui va de soi pour les adultes qui nont pas ce syndrome et enfin mieux gérer le quotidien, en connaissance de cause. Curieusement, la vie est devenue singulièrement plus facile et la réussite ne me fait pas peur, mais alors pas peur du tout, quoi quen aient pu dire certains psy Je suis venue me réinstaller sur le lieu de mes études, à Genève, où cela bouge beaucoup dans la mise au point de traitements du TDA/H, pour y ouvrir mon cabinet. Jaccompagne ces enfants qui me ressemblent tant je les accompagne pour que leur chemin de vie ressemble le moins possible à celui que jai emprunté durant mes 35 premières années, avant que je ne puisse me mettre à courir, à grandes enjambées, vers la liberté Que dire de plus ? Cela fera bientôt 4 ans que jai rédigé ce témoignage, et comme je lavais pressenti, les progrès se font à pas de géant dans la mise au point des thérapies possibles du TDA/H. Si ce que je rapporte de mon vécu reste toujours en vigueur, ma manière de comprendre le syndrome a évolué. Jai entrepris des formations supplémentaires pour pouvoir adapter mon approche thérapeutique en fonction des enfants et des adultes qui viennent me voir, quils aient ou non un TDA/H, dont le décodage biologique, la psycho-généalogie et je découvre actuellement avec délices la kinésiologie à laquelle les enfants qui ont un TDA/H répondent souvent très bien, ce qui est aussi mon cas qui plus est (car bien sûr je commence toujours par essayer les outils thérapeutiques sur moi avant de suivre les formations ad hoc - si lapproche essayée ma permis davancer - et de les intégrer plus tard dans ma pratique). le 15 mai 2003 Dionysia
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